Comment un poète né à Cuba est entré à l’Académie avec un seul recueil
Les Trophées, publiés en 1893, forment l’unique recueil de poèmes de José-Maria de Heredia, et ce seul livre lui a valu l’Académie française l’année suivante. Le Récif de corail, sonnet tiré de ce recueil, commence sous la surface de la mer.
Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore, / Éclaire la forêt des coraux abyssins / Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins, / La bête épanouie et la vivante flore.
José-Maria de Heredia, Le Récif de corail, dans Les Trophées, 1893.
D’où vient ce sonnet ?
Le recueil paraît en 1893 et l’Académie française lui décerne la même année le prix Archon-Despérouses. Les sonnets y sont rangés par époques et par régions, du monde grec aux Antilles, si bien que le livre se lit comme une suite de tableaux plutôt que comme un journal intime.
Le Récif de corail appartient aux pièces marines de cet ensemble. Le poète y installe son regard sous la surface, à l’endroit où la lumière du soleil arrive encore mais change de nature, et il tient cette position pendant quatorze vers, sans jamais remonter respirer.
Que décrit le poème ?
Le premier quatrain pose la scène : le soleil éclaire une forêt de coraux, et cette forêt mêle la bête et la plante dans les mêmes bassins tièdes. La confusion du végétal et de l’animal est le sujet réel du sonnet, pas un ornement.
Le second quatrain déroule un inventaire : mousse, algue chevelue, anémones, oursins, tout ce que le sel ou l’iode colore, sur le fond pâle du madrépore. Puis un grand poisson traverse le décor, écaille éteinte dans l’ombre transparente. Le passage proposé à la copie s’arrête là, au onzième vers, alors que le sonnet en compte quatorze.
Qu’est-ce qui ne saute pas aux yeux ?
Le premier fait tient à la biographie. Heredia est né le 22 novembre 1842 à Santiago de Cuba et il écrivait en français, langue de sa formation. Le sonnet le plus français par la forme, l’alexandrin et le vocabulaire savant, vient donc d’un poète venu des Antilles.
Le second tient au calendrier. Un seul recueil, publié en 1893, a suffi : Heredia est élu à l’Académie française le 22 février 1894, en remplacement de Charles de Mazade, et reçu le 30 mai 1895 par François Coppée. Il occupe le fauteuil 4 et sera aussi conservateur de la bibliothèque de l’Arsenal.
Le troisième tient au vocabulaire. Madrépore, vermiculé, abyssins : ces mots ne se devinent pas et obligent à lire vraiment ce qui est écrit, ce qui change complètement la manière dont on recopie un texte.
Qu’est-ce que vous travaillez en recopiant ces vers ?
Le passage fait 478 caractères, niveau difficile, et il travaille des choses que la prose ne fait jamais travailler.
- Le retour à la ligne. Onze vers signifient onze fins de ligne et onze majuscules initiales, donc un rythme haché par des appuis de Maj réguliers, au lieu du flux continu d’un paragraphe.
- La majuscule accentuée. Le deuxième vers commence par « Éclaire » : sur un clavier AZERTY courant, le É ne s’obtient pas directement, et les solutions pour les majuscules accentuées dépendent du système et du logiciel.
- Les accents en cascade. Mêle, tièdes, épanouie, pâle, écaille, éteignant, émaux, rôde : le circonflexe est une touche morte à droite du P, alors que é, è et à sont en accès direct, différence détaillée dans la page sur les accents au clavier.
- Le point-virgule à la française, précédé d’une espace, qui ferme deux vers de suite dans la dernière partie du passage.
Si un accent circonflexe refuse de s’afficher, la touche n’est pas en panne : elle attend la lettre suivante. Le test du clavier montre ce que le système annonce pour chaque touche, ce qui règle la question en une frappe.
| Fiche du texte | Donnée |
|---|---|
| Auteur | José-Maria de Heredia |
| Année | 1893 |
| Forme | sonnet en alexandrins |
| Édition source | Les Trophées, recueil publié en 1893 |
| Caractères | 478 |
| Niveau | difficile |
| Ce que ça travaille | alexandrins, accents, majuscule accentuée en début de vers |
FAQ
Combien de vers du sonnet le passage reprend-il ?
Onze vers sur quatorze. Les deux quatrains sont complets, le passage s’interrompt à l’intérieur des tercets.
Heredia écrivait-il en espagnol ?
Non. Né à Cuba en 1842, il écrivait en français, langue dans laquelle il a fait ses études et publié.
Combien de recueils de poèmes a-t-il publiés ?
Un seul, Les Trophées, en 1893. C’est ce livre que l’Académie française a couronné du prix Archon-Despérouses la même année.
Quand est-il entré à l’Académie française ?
Élu le 22 février 1894 au fauteuil 4, il a été reçu sous la Coupole le 30 mai 1895.
Pourquoi ce texte est-il classé difficile ?
À cause du vocabulaire rare et des accents, pas de la longueur. Un mot comme madrépore ne se complète pas tout seul dans la tête, il faut le lire lettre à lettre.
Par où continuer ?
Le sonnet se recopie sur sa page dédiée : Le Récif de corail, avec les onze vers dans leur ponctuation d’origine.
Trois textes prolongent celui-ci du côté de la mer et du paysage. Soleil couchant, du même recueil, se passe sur la côte bretonne et contient l’un des vers les plus cités d’Heredia. Saint-Malo par Chateaubriand décrit le même élément en prose, avec des dates en chiffres. Heureux qui, comme Ulysse remonte au seizième siècle et ramène le voyage vers le pays natal.
Où lire le texte d’origine ?
L’Académie française publie la notice consacrée à José-Maria de Heredia, avec les dates d’élection et de réception ainsi que la liste des prix décernés au recueil. Le sonnet complet, quatorze vers, se lit sur Wikisource, qui sert de source au passage du corpus. Adresses vérifiées le 16 août 2026.


