La dactylographie à l'école, une séance qui tient en trente minutes
Une salle informatique de collège mélange souvent trois cartes de clavier, l'AZERTY français, l'AZERTY belge et un QWERTY resté sur une machine réinstallée, et cette seule différence suffit à faire échouer une séance préparée sur un autre poste. Régler la question des dispositions avant de parler de doigts est donc la première étape, et elle prend cinq minutes.
Pourquoi la frappe libère l'attention
Chercher une touche et construire une phrase mobilisent la même attention. Tant que la recherche occupe l'élève, la phrase attend, et le texte produit reste plus pauvre que ce que l'élève sait dire à l'oral.
L'inverse se constate aussi bien. Quand la localisation des touches devient automatique, l'attention passe au contenu, à la relecture et à la mise en forme. La frappe n'est donc pas une matière de plus, c'est un outil pour toutes les autres, du récit d'expérience à la rédaction.
Une remarque évite un malentendu fréquent: apprendre le clavier ne remplace pas l'écriture manuscrite, qui travaille autre chose. Les deux gestes cohabitent sans se gêner, et un élève à l'aise sur les deux choisit selon la tâche.
Une séance de trente minutes
Le découpage suivant se tient d'un bout à l'autre de l'année, avec un seul changement par séance.
- Cinq minutes de reprise: position des mains, ergots du F et du J, rangée de repos, épaules basses.
- Dix minutes sur une nouveauté: une paire de touches, une majuscule, un signe de ponctuation. Une seule.
- Dix minutes de texte suivi, sans consigne de vitesse, l'écran affichant le texte à recopier.
- Cinq minutes de lecture de ce qui a été tapé, à voix haute, en parlant du texte lui même.
Le dernier quart d'heure fait tout l'intérêt du dispositif. Le texte recopié devient un objet de cours: on demande qui l'a écrit, quand, ce que le mot difficile veut dire. La séance sert alors deux programmes à la fois, et les élèves cessent de la vivre comme un exercice mécanique.
Quand les claviers ne sont pas les mêmes
Trois habitudes suffisent à absorber les différences de matériel.
D'abord, faites décrire la rangée des chiffres à voix haute par deux élèves de deux postes différents. Les écarts apparaissent immédiatement, et la classe comprend que la disposition est une convention, pas une propriété de l'ordinateur. Le test du clavier sert ici de vérification commune: chaque appui s'affiche, donc chacun voit ce que sa machine envoie réellement.
Ensuite, formulez les consignes par position plutôt que par caractère imprimé. « Auriculaire gauche, rangée du haut » fonctionne sur toutes les cartes, alors que « la touche à côté du é » n'en décrit qu'une.
Enfin, gardez les comparaisons pour un moment choisi. Le convertisseur AZERTY vers QWERTY montre en une manipulation ce que devient un texte quand les doigts gardent leurs positions et que la carte change, ce qui transforme un incident technique en dix minutes de cours utiles.
Évaluer sans chronomètre
La vitesse ne se note pas: elle dépend de l'âge, de la taille des mains et du matériel autant que du travail. Ce qui s'observe et se dit à l'élève tient en trois points: la position tenue jusqu'à la fin de la séance, la justesse du texte remis, la régularité de la présence sur le poste.
Un texte propre à la première frappe vaut plus qu'un texte rapide relu trois fois, et cette règle se comprend très bien en classe, parce qu'elle correspond à ce que l'élève constate lui même. Les unités de mesure, si la question vient, sont expliquées dans mots par minute, et le repère par âge dans apprendre le clavier aux enfants.
Les textes du domaine public, en classe
Un texte du domaine public se projette, s'imprime et se distribue sans autorisation ni licence à acheter, ce qui règle la question juridique dès le départ. Il apporte aussi ce qu'un générateur de mots aléatoires ne donnera jamais: un auteur, une date, une histoire à discuter.
Notre bibliothèque de textes est construite pour cet usage. Chaque extrait tient entre trois et cinq lignes, porte le nom de son auteur, son année et sa source, et se range dans une catégorie: fables, poésie, prose, textes de loi, discours, science. Un professeur choisit donc par thème et par longueur, et un élève qui termine trouve seul le suivant, ce qui occupe utilement les cinq dernières minutes.
Pour ouvrir l'année, la lettre aux instituteurs que Jules Ferry adresse en 1883 aux maîtres d'école place l'apprentissage de la lecture et de l'écriture à côté des règles élémentaires de la vie morale: quarante-cinq mots, une phrase longue et bien construite, et un texte qui parle exactement de ce que la classe est en train de faire.