Sept erreurs de frappe qui coûtent du temps
Sept habitudes coûtent plus de temps que la lenteur des doigts, sur un clavier AZERTY comme sur un QWERTY, et la première consiste à regarder le clavier: chaque aller-retour du regard entre l'écran et les touches ajoute une fraction de seconde, plusieurs milliers de fois par jour. Aucune de ces sept habitudes ne demande un talent particulier pour être corrigée, seulement de savoir qu'elle est là.
Regarder le clavier
Le regard baissé fonctionne, c'est bien le problème. Il donne un résultat correct tout de suite, et il empêche définitivement la mémorisation des positions, puisque la main n'a jamais besoin de savoir où elle est.
La correction ne consiste pas à se forcer, mais à retirer l'information. Une feuille posée sur les mains, ou simplement le retour systématique aux deux repères tactiles du F et du J, suffit à rendre le regard inutile. Le tempo baisse quelques jours, puis dépasse l'ancien. La position des doigts décrit le geste de retour, qui est le vrai remède.
Taper au dessus de sa précision
C'est l'erreur la plus répandue et la plus coûteuse. Au delà d'un certain rythme, la proportion de frappes fausses augmente plus vite que le tempo, et le temps gagné part en corrections. Pire, une erreur répétée s'apprend comme le reste: un doigt qui rate régulièrement le T mémorise le mauvais trajet.
La règle de travail tient en une phrase. Sous 95 pour cent de frappes justes, on ne travaille pas la vitesse, on ralentit jusqu'à ce que les frappes soient correctes, et le tempo remonte ensuite de lui même.
Marteler le retour arrière
Une correction coûte trois choses: la pause qui précède, les frappes de retour arrière, et la reprise du fil. Un texte tapé avec beaucoup de corrections peut afficher une précision finale excellente tout en ayant pris deux fois plus de temps que nécessaire.
Deux habitudes valent mieux que le réflexe du retour arrière. Terminer le mot commencé avant de corriger, parce que la main garde son rythme. Et pendant les séances d'entraînement, laisser courir l'erreur pour la voir apparaître dans le relevé, plutôt que l'effacer et l'oublier.
Prendre le Maj du même côté
La règle est simple et souvent ignorée: la main opposée à la lettre. Un A majuscule se fait avec le Shift droit, un P majuscule avec le Shift gauche. Un Maj pris du même côté oblige l'auriculaire à maintenir la touche pendant que le voisin frappe, ce qui tord le poignet et déplace toute la main hors du repos.
Le même raisonnement vaut pour AltGr, tenu de la main droite alors que les caractères du code se trouvent à gauche sur AZERTY, et pour les raccourcis d'édition qui mobilisent Ctrl.
Ne pas s'arrêter
L'automatisation se consolide entre les séances, pas pendant. Dix minutes par jour rapportent davantage qu'une heure le dimanche, et au delà d'une vingtaine de minutes d'affilée, la fatigue introduit des erreurs qui ne reflètent plus votre niveau et qui s'apprennent malgré tout.
Le signal d'arrêt se mesure au lieu de se deviner: la précision baisse alors que le tempo reste stable. C'est le moment où continuer devient contre-productif, et le plan de quatre semaines prévoit des séances courtes pour cette raison.
Répéter toujours le même texte
Un passage répété donne des résultats flatteurs et une progression illusoire. Ce qui s'améliore, c'est l'anticipation du texte, pas la localisation des touches, et l'écart se voit dès qu'un extrait inconnu arrive.
Le remède tient en trois gestes: changer de texte à chaque séance, alterner les registres, prose, vers, texte chiffré, et finir par un extrait jamais vu. La différence entre les deux résultats mesure la part de mémorisation. Ce point vaut aussi pour les exercices de lettres isolées, qui entraînent une suite et pas une langue.
Régler son siège trop bas
La dernière erreur n'est pas dans les mains. Un siège trop bas remonte les épaules et fait travailler les doigts en tirant, un plan de travail trop haut plie les poignets vers le haut, et un écran trop bas courbe la nuque, ce qui abrège la séance avant que les doigts fatiguent.
Quatre réglages suffisent: avant-bras à peu près à l'horizontale, poignets au dessus du clavier pendant la frappe, clavier posé plat, haut de l'écran à hauteur des yeux. Ce sont les mêmes points que ceux de la posture de base, et ils règlent souvent ce qu'on prenait pour un défaut de technique.
Les repérer sur soi
Trois relevés suffisent à savoir laquelle de ces habitudes vous concerne. Le nombre de retours arrière dans une séance, la précision comparée entre un texte connu et un texte neuf, et la répartition des fautes par touche, qui désigne les doigts en cause. Le test de frappe fournit les trois, et la méthode générale donne les paliers auxquels les comparer.
Reste un exercice honnête pour mesurer l'effet du texte appris par cœur. L'Homme et son image, fable publiée par Jean de La Fontaine en 1668, répète le mot miroirs en tête de quatre vers consécutifs: la comparaison entre ces quatre lignes et le reste du poème montre en une minute ce que la répétition apporte, et ce qu'elle ne prouve pas.