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Prose

Rêveries, la Flora petrinsularis

Jean-Jacques Rousseau publié en 1782 457 caractères facile

J’entrepris de faire la Flora petrinsularis, et de décrire toutes les plantes de l’île, sans en omettre une seule, avec un détail suffisant pour m’occuper le reste de mes jours. On dit qu’un Allemand a fait un livre sur un zeste de citron ; j’en aurois fait un sur chaque gramen des prés, sur chaque mousse des bois, sur chaque lichen qui tapisse les rochers ; enfin je ne voulois pas laisser un poil d’herbe, pas un atome végétal qui ne fût amplement décrit.

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À propos de ce texte

Rousseau projetait une flore complète de l’île de Saint-Pierre, qu’il appelait la Flora petrinsularis. La botanique lui a été enseignée par le docteur d’Ivernois, à Neuchâtel, et il l’a pratiquée jusqu’à la fin de sa vie. Son herbier et ses lettres sur la botanique sont conservés dans plusieurs bibliothèques suisses. Le texte garde l’orthographe du dix-huitième siècle, avec les formes en oi comme aurois ou voulois. L’édition en ligne se trouve sur Project Gutenberg.

D’où vient ce texteLe projet est démesuré et l’auteur le sait, décrire chaque plante d’une île entière sans en omettre une seule. Deux phrases portent l’ensemble, la seconde étant bâtie sur une triple reprise qui gonfle l’ambition jusqu’à l’absurde. La copie suit la transcription de Project Gutenberg, avec son titre latin au milieu du français, sans italique et avec une minuscule au second mot. Les formes anciennes aurois et voulois y voisinent avec le subjonctif fût, ce qui interdit de taper au son.

Ce qui passe inaperçuLa seconde phrase répète trois fois le groupe sur chaque, séparé par des points-virgules, avec le gramen des prés, la mousse des bois et le lichen qui tapisse les rochers. Chacune des trois reprises désigne une plante différente. Source

Ce qu’il travailleQuarante et un mots par phrase, un chiffre qui place ce fragment parmi les plus exigeants pour le souffle. Les deux points-virgules structurent la reprise et se prennent, comme le deux-points, sans modificateur sur la disposition française, alors que le point final réclame la touche Majuscule. Le mot petrinsularis aligne treize lettres latines sans un seul accent, une suite que la main française n’anticipe pas. Six apostrophes internes se répartissent le reste. Deux caractères seulement demandent la touche morte, le î de l’île et le û de fût, et les six autres accents sont des é pris d’une frappe unique. Quatre-vingt-deux mots pour deux phrases, avec six virgules comme seule respiration intermédiaire. Le morceau s’ouvre sur J’entrepris, où la majuscule est suivie aussitôt d’une apostrophe.

Sur notre blogApprendre la dactylographie, méthode et repères concrets

Le texte entier se lit à la source : Project Gutenberg

Jeune garçon en tricorne taillant un crayon rouge, penché sur ses mains, tableau de Jean-Baptiste-Siméon Chardin, 1737.
Wikimedia Commons
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Statut du domaine public : publié en 1782, il y a plus de 125 ans. domaine public, Project Gutenberg

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