Touches mortes, circonflexe, tréma et majuscules accentuées
Vous appuyez sur la touche du circonflexe d'un clavier AZERTY, l'écran reste vide, et le réflexe est de conclure qu'elle ne répond plus. Elle est morte, mais au sens technique du terme. Une touche morte n'écrit pas un caractère, elle prépare celui qui vient ensuite.
Le principe, hérité de la machine à écrire
Sur une machine mécanique, l'accent était frappé sans faire avancer le chariot, si bien que la lettre suivante s'imprimait dessous. Le clavier informatique reproduit ce comportement. L'appui sur la touche morte est mémorisé par le système, et le caractère final n'apparaît qu'à la frappe d'après. Circonflexe puis e donne ê, puis a donne â, puis une espace donne l'accent seul.
Quand la combinaison n'existe pas, la réaction dépend du système. Windows affiche le plus souvent les deux signes côte à côte, tandis que d'autres environnements abandonnent l'accent en silence. Une touche morte peut aussi rester « armée » sans que rien ne le signale, ce qui explique les caractères surprenants qui apparaissent une frappe plus tard.
Circonflexe et tréma partagent une touche
Sur AZERTY, la touche placée à droite du P porte le circonflexe en accès direct et le tréma avec Maj. Le tréma suit la même mécanique : Maj plus cette touche, puis i, donne ï, puis e, donne ë. Les combinaisons acceptées se limitent aux voyelles réellement utilisées en français, plus quelques cas hérités d'autres langues.
Pourquoi le test signale un appui alors que rien ne s'écrit
Le test du clavier lit deux informations distinctes : la position physique de la touche et le caractère que la disposition active lui associe. Sur une touche morte, la position est parfaitement détectée, alors que le caractère annoncé par le navigateur vaut souvent Dead, rien d'affichable.
La conséquence est utile. Si la case s'allume et que le compteur d'appuis avance, l'interrupteur fonctionne. Le silence à l'écran vient de la logique de composition, pas du matériel.
AltGr ouvre un troisième niveau
AltGr n'est pas un second Alt. C'est un modificateur qui donne accès aux caractères imprimés en bas à droite des keycaps : arrobase, dièse, accolades, crochets, barre verticale, tilde, euro. Sur la plupart des systèmes, Ctrl plus Alt produit le même résultat, ce qui sert de secours quand la touche AltGr ne répond plus.
Dans le test, AltGr apparaît souvent comme deux appuis simultanés, Ctrl gauche et Alt droit. C'est le comportement normal sous Windows, pas un défaut du clavier.
Le vrai point faible de l'AZERTY, les majuscules accentuées
É, À, È et Ç n'ont pas de position dédiée sur l'AZERTY courant, puisque les touches é, à, è et ç sont occupées par les chiffres dès qu'on appuie sur Maj. L'accent sur les majuscules n'est pourtant pas facultatif : l'Académie française rappelle qu'il a la même valeur orthographique qu'en minuscule. Plusieurs voies existent.
- Codes numériques sous Windows. Alt maintenu, puis 0201 sur le pavé numérique pour É, 0192 pour À, 0199 pour Ç. Le pavé numérique est obligatoire, la rangée de chiffres ne fonctionne pas.
- Le verrouillage des majuscules donne des résultats variables. Sous plusieurs environnements Linux, Verr Maj actif puis la touche é produit É. Sous Windows, la même manipulation renvoie souvent le chiffre 2. À vérifier sur sa machine avant d'en faire une habitude.
- La bascule de casse du traitement de texte. Écrire le mot en minuscules, le sélectionner, puis appliquer la mise en majuscules restitue les accents. Méthode la plus fiable pour un titre entier.
- Une autre disposition. L'AZERTY mis à jour en 2019 et le BÉPO exposent directement les majuscules accentuées, sans détour ni code numérique.
Cédille, œ et æ
Le ç minuscule occupe la touche du 9 sur AZERTY. Il n'y a pas de touche morte cédille à composer, contrairement à ce que suggèrent les habitudes venues de dispositions internationales.
Les caractères œ et æ ne sont ni des lettres accentuées ni des ornements. Ce sont des caractères distincts, exigés par l'orthographe dans cœur, œuvre, nœud ou curriculum vitæ. L'AZERTY courant ne leur donne aucune position, d'où les remplacements fautifs par oe et ae. Sous Windows, Alt plus 0156 produit œ et Alt plus 0230 produit æ. La table des caractères du système reste la voie universelle, lente mais sûre.
Distinguer une touche morte d'une touche défectueuse
- Appuyez sur la touche suspecte dans le test du clavier. Case allumée et compteur qui avance, l'interrupteur répond, le problème est logiciel ou vient de la disposition active.
- Appuyez sur la touche morte, puis sur la barre d'espace. Un accent isolé doit apparaître. S'il n'apparaît pas, la disposition chargée n'est pas celle que vous croyez.
- Comparez le caractère annoncé et la position détectée. Position juste et caractère inattendu signifient qu'une autre disposition est active, une américaine sur du matériel français par exemple.
- Case qui ne s'allume pas du tout, la piste devient matérielle : contact encrassé, nappe, interrupteur. Le nettoyage passe avant le remplacement.
- Deux caractères pour un seul appui relèvent d'un autre défaut, le rebond de contact, que le test signale comme double appui.
Les accents se vérifient mieux sur un texte qui en vit. La Belle et la Bête, le marchand, écrit en 1756 par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, aligne le circonflexe d'extrêmement, les accents aigus de l'éducation et la ligature de sœurs, de quoi voir tout de suite si votre disposition compose les caractères comme vous l'attendez.