Taper du code sur AZERTY, pourquoi la vitesse chute
Sur un clavier AZERTY, écrire une accolade ouvrante demande AltGr et 4, la fermante demande AltGr et le signe égal, et les dix chiffres demandent Shift. Un score obtenu sur de la prose ne dit donc presque rien de la vitesse à laquelle la même personne écrit du code, parce que ce ne sont pas les mêmes touches ni le même nombre de frappes.
Pourquoi la prose ne prédit pas le code
Trois différences se cumulent. Le code aligne des caractères que le français n'utilise presque jamais, il alterne sans cesse entre lettres, chiffres et symboles, et il interdit l'anticipation: dans un texte, la fin d'un mot se devine, dans un identifiant, elle se lit caractère par caractère.
S'ajoute une réalité que les compteurs ignorent. Une grande partie du temps passé devant du code ne consiste pas à taper mais à lire, à revenir en arrière, à renommer, à déplacer un bloc. La vitesse brute y compte beaucoup moins que la régularité et l'absence de fautes de symboles, une parenthèse manquante coûtant plus cher qu'une lettre inversée dans un courrier.
Le compte des frappes sur AZERTY
Sur la disposition française, les caractères de code se répartissent en trois niveaux, et le troisième explique l'essentiel de l'écart.
- Directement accessibles: la virgule, le point-virgule, les deux points, le point d'exclamation, le signe égal, l'astérisque, le dollar, l'apostrophe, les parenthèses et les guillemets droits.
- Sous Shift: les dix chiffres, le point, le tiret bas, le plus, le pourcentage, le point d'interrogation.
- Sous AltGr: l'accolade ouvrante sur le 4, la fermante sur le signe égal, le crochet ouvrant sur le 5, le crochet fermant sur la touche à droite du 0, la barre verticale sur le 6, la barre oblique inverse sur le 8, l'arobase sur le 0 et le dièse sur le 3.
Deux conséquences sont mesurables sans instrument. Une ligne d'affectation contenant deux accolades, un crochet et un chiffre passe par quatre modificateurs, là où la même ligne sur une disposition américaine n'en demande qu'un ou deux. Et le point, présent dans chaque appel de méthode, réclame Shift en français, ce qui met une pression constante sur l'auriculaire.
Les touches d'accent compliquent encore le tableau. L'accent circonflexe et le tilde sont des touches mortes qui attendent la suite, donc produire un caractère nu demande une espace de plus. Le mécanisme est décrit dans l'article sur les touches mortes, et il vaut la peine de le connaître avant de conclure que le clavier est cassé.
Ce que le format physique change
La disposition n'est pas la seule variable. Sur un clavier ISO, la touche supplémentaire à gauche du W porte les chevrons, très demandés en balisage et en génériques, alors qu'un clavier ANSI les place ailleurs, sous Shift. La comparaison complète se trouve dans clavier ISO ou ANSI.
Le pavé numérique joue aussi. Quand une touche AltGr manque ou répond mal, la faute est parfois matérielle et non ergonomique, et le test du clavier affiche chaque combinaison au moment où elle arrive, modificateurs compris.
QWERTY, bépo, et pourquoi certains changent
Une partie des développeurs francophones passe à une disposition américaine, pour une raison précise: les symboles de code y sont plus accessibles et la documentation, les raccourcis et les exemples supposent cette carte. Le prix se paie sur le français, où les accents deviennent laborieux sans une variante internationale.
D'autres choisissent bépo, disposition francophone construite sur la fréquence des lettres de la langue, qui place les caractères de programmation à portée directe. Le coût est le même dans les deux cas: quelques semaines pendant lesquelles les deux cartes se mélangent, et le désagrément de retrouver un AZERTY sur une machine partagée.
Une troisième voie évite le déménagement complet. Une disposition française normalisée existe depuis 2019 sous la référence NF Z71-300, pensée pour rendre directement accessibles les majuscules accentuées et les caractères typographiques que l'AZERTY courant cache. Pour comparer les cartes sans rien réinstaller, notre convertisseur AZERTY vers QWERTY montre ce que devient un texte quand les doigts gardent leurs positions.
Accepter un chiffre plus bas
Un score de code inférieur au score de prose est le comportement normal du clavier, pas un signe de faiblesse. Les frappes sont plus nombreuses, les modificateurs plus fréquents, la lecture plus lente.
Ce qui progresse réellement, ce sont les enchaînements de symboles pris un par un: la paire d'accolades, la paire de crochets, l'arobase, la barre oblique inverse. Cinq minutes sur ces combinaisons rapportent plus qu'une heure de texte courant, qui confirme surtout ce que les doigts savent déjà. L'unité de mesure et ses pièges sont expliqués dans mots par minute.
Pour reposer les mains sur du français après une session de symboles, le Traité élémentaire de chimie d'Antoine Lavoisier, paru en 1789, explique pourquoi son auteur a renvoyé les opérations manuelles et les appareils à la fin du livre: une séparation entre le raisonnement et l'outillage que tout programmeur reconnaîtra, en soixante-dix mots et sans une seule accolade.